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Appel à communication - L’Action française et le Saint-Siège : le centenaire d’une condamnation
L’Action française et le Saint-Siège : le centenaire d’une condamnation (1926-2026)
Colloque interdisciplinaire
9-10-11 décembre 2026 – Institut catholique de Rennes
« Je fus converti à l’A.F. par […] M. le Curé », rappelle Max Jacob (Lettre de Max Jacob à Jean Cocteau du 18 janvier 1927, Max JACOB, Choix de lettres à Jean Cocteau, Paul Morihien, 1949, p. 100.). Ce qui lui vaut d’orageuses discussions avec ce même curé quand la condamnation papale tombe : « Vous avez exigé que je vote ! Vous m’avez mis dans ce capharnaüm de la politique à coup de massue. Maintenant mon confesseur (voir le curé) veut brusquement après m’avoir comblé de petites manœuvres pour que j’en sois, que je n’en sois plus. » (Lettre de Max Jacob à Jean Cocteau du 27 déc. 1926, ibid., p. 99.)
Présentation :
1926-2026 : le centenaire de la condamnation de l’Action française doit être l’occasion d’un renouvellement historiographique et d’une réévaluation des approches relatives à ce sujet historique. À la suite du travail de Jacques Prévotat, qui a mis en lumière, dans sa thèse d’État, l’implantation réelle de l’Action française dans les milieux catholiques (fidèles, clergé, épiscopat) et a montré que la condamnation ne saurait être réduite à un simple « complot politique », mais qu’elle s’enracine dans des enjeux proprement religieux et doctrinaux (rapport entre foi, engagement politique et obéissance à l’autorité de l’Église), tout en prenant au sérieux la dimension politique de la décision romaine, il importe désormais d’ouvrir de nouveaux axes de réflexion.
Un nouvel apport méthodologique et documentaire est attendu, rendu possible par l’ouverture de sources inédites dans différents champs disciplinaires : archives pontificales relatives à la mise à l’Index des œuvres littéraires de Charles Maurras, analyses linguistiques des discours de l’Action française, de ses
militants et de leurs interlocuteurs catholiques, etc. L’attitude, à l’échelle des diocèses et des comités de l’Action française, mérite également d’être interrogée à la lumière de l’exploitation des archives diocésaines ou des journaux de prélats (tels Mgr Grente, Lemoigne).
Ce colloque se propose ainsi d’examiner, dans la longue durée, la réception, la mémoire et l’héritage de cette condamnation au sein du monde catholique français et européen.
Argumentaire :
À la fin de la Première Guerre mondiale, le journal L’Action française compte 156 000 abonnés. Son influence est forte dans les milieux catholiques à tendance conservatrice et monarchiste. Le mouvement pourtant traverse une période délicate dans les années vingt, ne parvenant pas à transformer son succès intellectuel en pouvoir électoral d’une part, et subissant par ailleurs de la part de l’Église catholique romaine une mise à l’Index qui apparaît a posteriori comme le déclencheur de son déclin.
Au plan politique
1919. Le soutien apporté par l’Action française aux listes du Bloc national, permet l’élection d’un député, à Paris, ouvertement membre du mouvement : Léon Daudet (1867-1942). Celui-ci se rallie rapidement au groupe des indépendants (29 membres) qui tente d’infléchir la politique sociale de la République vers le corporatisme. Un positionnement intransigeant du groupe parlementaire l’empêche de participer à un gouvernement. Isolé durant le mandat du bloc national, ce groupe chercher à susciter l’union des partis de droite en vue des prochaines échéances électorales (Schmidt-Trimborn, 2022)
1924. L’Action Française prône ouvertement la formation d’un « Bloc de droite » regroupant les composantes du Bloc national de 1919. L’initiative parlementaire ne se concrétise cependant pas en une alliance lors des élections législatives. Cette absence d’alliance, d’implantation et de structuration de la ligue d’AF empêche celle-ci d’obtenir des représentants à l’Assemblée nationale. Cet échec montre alors « l’inefficacité de l’Action française en matière électorale » (Olivier Dard, 2013) en dehors de circonstances exceptionnelles. Charles Maurras voit par ailleurs son autorité contestée en interne, notamment par Georges Valois et son mouvement le Faisceau (Olivier Dard, 2013) tandis que de nouvelles ligues concurrentes émergent et se développent dans le contexte de l’arrivée au pouvoir du Cartel des gauches. La plus dynamique est la Fédération nationale catholique (Corinne Bonafoux, 2004) dirigée par le « capucin botté », le général de Castelnau (Jean-Louis Thiériot, 2024).
Quel rôle joue la condamnation dans ce contexte ? Est-elle seule responsable des futurs dissidents au sein de l’Action Française ? Ne favorise-t-elle pas par ailleurs l’essor des catholiques ralliés au détriment des mouvements nationalistes, ainsi qu’une recomposition du catholicisme au sein des droites nationalistes ?
Au plan religieux
Dans cette période de remise en cause, une surprise ecclésiastique survient en mars 1925. L’assemblée des cardinaux et archevêques de France publie une déclaration sur les lois dites de laïcité et sur les mesures à prendre pour les combattre. Ce document condamne la laïcisation de la société française et enjoint aux catholiques de s’y opposer. Certains contemporains ont vu dans ce document, un soutien implicite de la hiérarchie catholique française à l’Action française (Marty, 1968).
En réalité, le Saint-Siège ne porte pas sur le mouvement monarchiste un regard aussi bienveillant. En janvier 1914, Pie X qui pourtant « nourrissait pour le mouvement des sympathies réelles » (Marcel Launay, 1997) promulgue un décret de condamnation de cinq ouvrages de Charles Maurras et de sa revue, mais ne le publie pas (Eugen Weber, 1964). Le 29 décembre 1926, Pie XI dont le Pontificat s’est ouvert avec une mise en garde (Jacques Prévotat, 2013) contre les excès d’un « nationalisme immodéré » (Lettre encyclique Ubi Arcano Dei, décembre 1922) reprend et met en vigueur le décret de condamnation de son prédécesseur en portant à sept le nombre d’ouvrages de Charles Maurras mis à l’Index. Une ordonnance pontificale, relayée par les évêques, double cette condamnation en interdisant à tout adhérent de la ligue de bénéficier du mariage ou de l’enterrement religieux. Cette décision entraîne une chute de moitié du nombre de lecteurs du journal entre 1925 et 1928.
L’hostilité romaine ne porte-t-elle que sur l’agnosticisme de Charles Maurras ou également sur les positions politiques du journal ? Le Saint-Siège n’a-t-il pas cherché à accélérer le ralliement des catholiques à la République et amorcer dans cette perspective un tournant doctrinal et apostolique sur et dans le rapport de l’Église avec la société laïque ? Sur le plan politique, cette condamnation a-t-elle accru l’audience des autres ligues au détriment de l’Action française ?
En 1926 et 1927, l’Action française qui adopte la posture du « paria » face à Rome entraîne de nombreux évêchés dans des positions ambiguës, oscillant entre condamnation publique ferme et ménagement des fidèles. De fait, cette condamnation a mis en évidence une certaine distance entre les fidèles et la hiérarchie épiscopale. En outre, elle a durablement divisé les Catholiques français entre partisans d’une restauration politique d’un ordre chrétien et promoteurs du courant chrétien-démocrate qui s’est illustré dans des organisations d’action catholique telles que la Jeunesse Agricole Chrétienne, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, le Parti démocrate populaire. Cette scission a marqué tout le XXe siècle, au profit manifeste de la deuxième tendance, inaugurée par la décision de Pie XI.
Au plan littéraire
La condamnation de 1914 et celle, augmentée, de 1926 portent sur des œuvres à caractère certes politique et religieux, mais aussi littéraire et philosophique, qui prennent rang après d’autres, nombreuses en France, que la Congrégation de l’Index a censurées au XIXe siècle.
On compte parmi elles : un recueil de contes philosophiques (Chemin de Paradis, 1895), un essai de critique du romantisme (Les Amants de Venise, 1902) et un récit de voyage faisant l’éloge de la civilisation antique et de la culture classique (Anthinéa, 1901). Outre la préoccupation du style, l’ensemble de ces textes fait état d’une vision enracinée dans l’esthétique. Les conclusions de l’enquête menée en 1923 auprès de la jeunesse belge ont par ailleurs montré l’influence de l’écrivain Maurras, un maître intellectuel qui est aussi un critique et un poète.
L’homme est d’ailleurs lui-même entouré d’écrivains. Parmi eux, ceux qui professent la foi catholique (Daudet, Massis, Gaxotte, Maritain, Bernanos…) souffrent diversement de la décision romaine. Leur réaction aussi mérite étude, soit qu’elle s’est exprimée dans la polémique, soit qu’elle a trouvé dans la littérature une fécondité. Georges Bernanos est un cas d’école. Son roman L’Imposture, écrit pendant la crise et publié un an après elle, se lit en partie comme une charge contre le clergé moderniste et rallié.
On a beaucoup étudié cet auteur au point de vue de sa dissidence à l’égard du chef de l’Action française, survenue plus tard, en 1932 : la longue conclusion de La Grande Peur des bien-pensants (1931) montre une influence qui a peut-être été sous-estimée.
Le colloque fera donc sa place aux études littéraires et philosophiques, portant notamment sur les œuvres condamnées de Maurras comme sur celles que sa figure, sa pensée et la crise relative à sa condamnation auront suscitées ou inspirées.
Axe de réflexion (indicatifs et non exclusifs)
Axe 1 – Bilan historiographique de la condamnation
• Acteurs politiques
• Théologiens
• Militants
Axe 2 – La transformation du champ politique catholique
• Les catholiques ralliés
• Les mouvements chrétiens-démocrates
• La recomposition des droites nationalistes
• Les motifs de la condamnation de la doctrine nationaliste
• Le positionnement du Saint Siège face à la montée des régimes totalitaires
Axe 3 – La condamnation à l’échelle locale
• La réaction des militants à l’échelle des comités d’Action Française
• La réaction des fidèles au sein des diocèses
• L’attitude de l’épiscopat français : entre condamnation et « troisième voie »
• La poursuite de la carrière des ecclésiastiques après la condamnation
Axe 4 – La réception, l’héritage et l’actualité de la condamnation
• La réception européenne de la condamnation
• La diffusion des œuvres de Charles Maurras dans l’aire latine
• L’influence de l’Action Française au sein des droites nationalistes européennes
• L’héritage de la condamnation au sein de l’histoire de France et de l’Église
• La mémoire et la réception de la condamnation chez les catholiques, militants, sympathisants de l’Action française aujourd’hui
Axe 5 – La dimension littéraire
– Réactions et polémiques dans le monde intellectuel catholique
– Retour sur les œuvres condamnées
– Fécondité littéraire de la condamnation : essais, romans, discours, articles, lettres
Direction du colloque :
– Adrien Champroux : Doctorant Sorbonne Université-UMR Sirice
– Olivier Dard : Professeur d’Histoire Contemporaine – Sorbonne Université
– Benoît Mérand : Docteur en Littérature – Université Paul Valéry-Montpellier III (RIRRA 21)
Comité scientifique :
– Corinne Bonafoux : Maîtresse de conférences histoire contemporaine – Université Savoie-Mont-Blanc
– Michel Fourcade : Maitre de Conférences-HDR – Université Paul Valéry-Montpellier III
– Frédéric Gugelot : Professeur d’Histoire Contemporaine – Université de Reims Champagne Ardennes
– Yann Raison du Cleuziou : Maître de conférences en science politique – Université de Bordeaux Montaigne- Centre Émile Durkheim (UMR CNRS 5116).
Modalités de soumission
Les propositions de communication doivent comprendre :
– Le titre de la communication
– Un résumé d’environ 1500 mots
– Préciser les sources
– Une courte notice biographique
Elles doivent être adressées au plus tard le 15 mai 2026 aux adresses suivantes : a.champroux@icrennes.org ou b.merand@icrennes.org
Date de publication : 2026-03-25 14:51:46




